J'écoute : la nuit Je regarde : Ar meno un quejío Je lis : les dictionnaires, Harry Mulisch Je joue : insérer "me la" Je mange : des gâteaux Je bois : du lapsang souchong Je cite : Lydie Salvayre Je pense : nuitamment Je rêve : et tu perds ta réalité (mis à jour mardi 12 juin 2007 à 23:05)
Voici une autre très belle chanson de Fairouz, avec ma traduction des paroles écrites par les frères Rahbani.
قديش كان في ناس عالمفرق تنطر ناس
Il y avait un monde fou qui attendait quelqu'un au carrefour
و تشتي الدنيي و يحملو شمسية
Comme il pleuvait, ils avaient des parapluies
و أنا بأيام الصحو ما حدا نطرني
Jamais personne ne m'attend, même quand il fait beau
صار لي شي مية سنة مشلوحه بهالدكان
Ça fait des lustres que je fais le poireau dans cette boutique
ضجرت مني الحيطان و مستحيه تقول
Les murs n'osent pas avouer qu'ils en ont marre de me regarder
و أنا عيني عالحلى و الحلى عالطرقات
Mon regard suit un beau mec, mais il est dans la rue
غنيلو غنيات و هو بحالو مشغول
Je lui chante des chansons, mais il a l'air pressé
نطرت مواعيد الأرض و ما حدا نطرني
Ma foi, j'ai attendu des gens, mais jamais personne ne m'attend, moi
و يحملو شمسية
Ils ont des parapluies...
ما حدا نطرني
Personne ne m'attend...
صار لي شي مية سنة عم ألف عناوين
Ça fait des lustres que j'invente des adresses
مش معروفة لمين و وديلن أخبار
De qui, aucune idée, mais je leur envoie de mes nouvelles
بكرا لا بد السما ما تشتيلي عالباب
Des fois qu'il pleuvrait un jour quand je sors
شمسيات و أحباب يخدوني بشي نهار
et que je serais enlevée par parapluies et amants
و اللي ذكر كل الناس بالأخر ذكرني
Si seulement celui qui pense aux autres, pensait aussi à moi !
قديش كان في ناس عالمفرق تنطر ناس
Il y avait un monde fou qui attendait quelqu'un au carrefour
و تشتي الدنيي و يحملو شمسية
Comme il pleuvait, ils avaient des parapluies
و أنا بأيام الصحو ما حدا نطرني
Même quand il fait beau, jamais personne ne m'attend, moi
Une autre photographie du café pour lequel j'ai une prédilection particulière. Cette fois-ci, j'ai mangé un petit plat de bresaola avant de prendre un pot de thé et un baba bouchon... Un véritable bonheur !
En bas à droite, mon carnet de bord. C'est un cahier qui ne me quitte jamais. J'y inscris des mots que je chaparde par-ci par-là, des bribes de conversations, paroles de chansons, citations de livres, textes entr'aperçus... Sur les pages visibles dans la photo figurent les paroles de la version turque de "Ne me quitte pas" de Brel ! C'est Zeki Müren qui a écrit les paroles et qui les interprète ici :
L'autre texte sur la page du carnet est une autre chanson turque dont j'adore les paroles :
Bu akşam bütün meyhanelerini dolaştım İstanbul'un
Seni aradım kadehlerdeki dudak izlerinde
Canım doya doya sarhoş olmak istiyordu
Seni aradım kadehlerdeki dudak izlerinde
Je fis le tour des tavernes d'Istamboul, ce soir
En te cherchant dans les empreintes de lèvres sur les verres
Je voulais boire de tout mon saoûl, et boire
En te cherchant dans les empreintes de lèvres sur les verres
Mon café préféré à Helsinki, c'est le Café Aalto, qui se trouve dans la plus grande librairie de la ville. Il est ainsi nommé car c'est à l'architecte finlandais Alvar Aalto que l'on doit la conception de l'intérieur et des meubles. La librairie n'a rien d'un petit coin sombre et intime comme la plupart des librairies que j'aime. Non, celle-ci est un grand espace lumineux favorisant la pensée qui vole haut. Très souvent, après ou sans avoir acheté un bouquin, mes pas flânants me guident vers le café dont j'apprécie chaque fois autant l'ambiance qui est à la fois feutrée et fébrifuge, ronronnante et roborative.
L'autre jour, j'y étais allé avant un cours de danse, mais étant resté sur ma faim, je m'y suis rendu derechef après. Je lisais mon carnet de bord (où je recueille phrases, citations, paroles de chansons et autres mots qui m'émeuvent pour une raison ou une autre, habitude qui me suit depuis des années), et quelque chose m'a fait penser à l'époque où je vivais tout près de Jérusalem, en Cisjordanie. Si le skyline de Jérusalem n'est pas aussi connu que celui de Manhattan, avec la présence en creux toujours visible des tours jumelles, il n'en est pas moins dominé par la coupole du Dôme du Rocher, cette coupole tout d'or vêtue en pleine vieille ville. Le choc fut brutal lorsque je levai mon regard et me rendis compte que ma pensée s'était... réifíée ? chosifiée ? concrétisée ? ou enfin, ma pensée était visible au dessus de ma tête, comme dans un phylactère : la lampe signée Aalto !
J'ai pris une photo ; à vous de juger de la ressemblance.
Je suis toujours en vie. Ce sont certaines catastrophes au travail qui ont causé mon absence, rien de plus dramatique.
Je profite de cette occasion pour revenir brièvement sur la chanson de Zeki Müren dont j'ai parlé dans un de mes premiers articles. Je n'ai pas trouvé la version exquise chantée par Zeki, mais une autre executée dans un café.
Quel moment de bonheur ce matin ! À peine extrait de la torpeur de mon lit, dans une matinée qui s'annonçait maussade, deux chers collègues à moi sont venus me voir dans le bureau. Il y avait d'abord M., une superbe créature d'un style toujours aussi irréprochable et d'une fraîcheur immarcescible (elle avait de la sciure sur le cou à cause des travaux qu'elle est en train de faire dans son nouvel appartement, je ne sais pas comment elle fait, mais même ça c'était chic) ; ensuite est venu D., un autre collègue dont la gentillesse me laisse chaque fois pantois (chaque fois que je parle avec lui, il me file d'une manière complètement désintéressée d'invraisemblables tuyaux - j'espère que j'aurais l'occasion de lui renvoyer l'ascenseur un jour).
Ils ont apprécié mon lapsang souchong qui s'est marié à merveille avec le pulla* que M. a pu acheter à crédit au marché couvert de Hakaniemi (l'un de mes endroits de prédilection de mon quartier).
Tout ça m'a filé la pêche !!!
*pulla = une espèce de brioche tressée sucrée, voir [www]
(je ne sais pas encore faire des hyperliens, désolé)
بيقولو الحب بيقتل الوقت
L'on dit que l'amour tue le temps
و بيقولو الوقت بيقتل الحب
Et l'on dit que le temps tue l'amour
يا حبيبي تعا تانروح
Mon amour, viens, partons
قبل الوقت و قبل الحب
avant le temps et avant l'amour
بديت القصة تحت الشتي
Tout commença sous la pluie
باول شتي حبو بعضن
Ils s'aimèrent pendant le premier hiver
و خلصت القصة بتاني شتي
Tout prit fin pendant le deuxième hiver
و تحت الشتي تركو بعضن
Et sous la pluie ils se quittèrent
حبو بعضن ...... تركو بعضن
Ils s'aimèrent... et se quittèrent
يا حبيبي شو نفع البكي
Mon amour, à quoi servent les pleurs ?
شو الو معنى بعد الحكي
Ont-ils un sens une fois les mots sont déjà dits ?
ما زالا قصص كبيرة
N'empêche, les grandes histoires,
و ليالي و سهر و غيرة
les nuits, les soirées et la jalousie
تخلص بكلمة زغيرة
se défont au gré d'un petit mot
Mes parents sont rentrés de leur petite escapade en Normandie, pendant laquelle ils ont improvisé une visite éclair à Jersey. Maman vient de m'appeler. Elle a adoré cette île qui, selon elle, avait tout le charme de la France mais tout était plus simple parce que les gens parlaient anglais (mes parents parlent bien français aussi mais plus ça va, plus ils deviennent paresseux) et que la plupart des gens étaient plus gros qu'elle. J'ai trouvé sa vanité mignonne.
Il avait fait très beau à Jersey, les taches de rousseur se sont multipliées sur leurs visages, et la chambre d'hôtel leur a beaucoup plu (je la leur avais offerte en disant que je pouvais régler la facture avec des "points de fidélité" que j'aurais accumulés grâce aux séjours que j'aurais faits dans des hôtels de la même chaîne, ce qui était évidemment un mensonge).
Ma mère m'a dit qu'il fallait absolument que j'aille à Jersey avec mon copain, et elle m'a dit de l'embrasser très fort de sa part. Encore une fois, j'ai omis de lui dire que nous nous sommes séparés il y a de cela plus d'un an.
Sérendipité oblige, j'aime à tomber sur des brins de poésie inattendue dans des endroits anodins. Je me rappelle encore cet après-midi dans la blonde lumière de la gare de Lisieux où j'ai vu pour la première fois écrit sur un train : "Un train peut en cacher un autre". Arrivé à Deauville-Trouville, je n'en étais toujours pas complètement remis.
En feuilletant le catalogue 2000/2001 de l'Université de Balamand (Liban), j'ai trouvé la description du cours "PED103 : Sport Aquaticque, Initiation et adaptation", dont j'ai aussitôt appréciée la formulation soigneuse : "Cette UV est proposée aux étudiants qui présentent des lacunes au niveau de l'adaptation à la flottabilité décelées lors de l'examen d'entrée. Elle propose une adaptation aquatique et une initiation à la natation sportive de performance."
Les leçons que j'en ai tirées ? Il ne faut jamais être sûr de lui au point de devenir outrecuidant, car un train peut en cacher un autre ; mais il ne faut pas se désespérer non plus si on a l'impression de couler comme un caillou au fond du lac aux eaux muettes des soucis du quotidien, car pour combler les lacunes au niveau de l'adaptation à la flottabilité, il suffit de faire un petit voyage au Levant pour s'initier et s'adapter !
Le fait de ne pas être francophone de naissance (j'ai commencé à l'étudier à l'âge de 15 ans) a ceci d'utile qu'on peut observer la langue française avec un certain recul, ce qui favorise ou facilite la création des néologismes. J'invente souvent de nouveaux mots en français, tantôt par méprise, tantôt exprès. Si j'en concocte exprès, mon but est d'"inventer des mots insensés que tu comprendras" comme le dit Brel.
Là on est dimanche. N'est-il pas un peu injuste que dimanche ait droit à un verbe et un adjectif rien que pour lui (endimancher et dominical) ? Qu'en est-il des autres jours de la semaine ? Pourquoi le dimanche marquerait-il un moment forcément plus particulier ou remarquable que les autres jours de la semaine ?
C'est dans un souci de l'équité des jours de la semaine que j'entreprends le projet d'inventer des mots utilisables qui dérivent de leurs noms. Jusqu'à présent j'ai inventé :
s'amardir
(v.i., se redresser et redevenir sérieux et productif après un lundi passé dans une espèce de torpeur laissée par le week-end) ex.: Je n'ai pas arrêté de fêter ce week-end, et aujourd'hui j'ai fait la grasse matinée, mais demain je dois vraiment m'amardir.
injeudible/injeudissable
(adj., impossible d'être fait ou organisé le jeudi) ex. La réunion est vraiment injeudible la semaine prochaine, mais est-ce que mardi matin vous conviendrait ?
vendredisant
(adj., se dit de l'état d'esprit qui commence déjà à se détendre et à faire des projets pour le week-end, ou d'une personne qui a du mal à se concentrer après une semaine rébarbative) ex. J'ai travaillé comme un forcené toute la semaine, mais là, je commence à être un peu vendredisant déjà.
À part cela, j'ai essayé "lundique" et "mercrediurne", mais je sais pas si ça marche...
Je vous en saurai gré, chers (éventuels) lecteurs, de bien vouloir participer au jeu en proposant d'autre néologismes à partir des jours de la semaine (ou des noms des mois, ou pourquoi pas, ou de n'importe quoi, si vous êtes inspirés !)
Et ne voilà-t'y-pas que le vocabulaire français s'en trouve endimanché (ou désendimanché, c'est selon !)
J'ai choisi Serendipity comme identifiant dans GA, car la sérendipité est une qualité pour laquelle j'ai une prédliection particulière (j'ai dû recourir à utiliser l'équivalent en anglais parce que les accents ne sont pas permis dans les identifiants GA). Heureusement, elle fait surface en moi plutôt souvent, et surtout pendant les voyages. J'ai été en Égypte novembre dernier et j'ai fêté Noël et le Nouvel An en Normandie, mais cet été je dois me consacrer au travail en attendant un voyage en automne. J'ai déjà fait des projets pour aller étudier le persan en Iran pendant trois mois. إن شاء الله. J'attends avec impatience ma maigre sérendipitance.
"Vous ne reviendrez jamais d'un si long chemin. - Que m'en chaut-il ! Je ne l'entreprends ni pour en revenir ni pour le parfaire ; j'entreprends seulement de me branler pendant que le branle me plaît. Et me promène pour me promener. Mon dessein est divisible partout ; il n'est pas fondé en grandes espérances ; chaque journée en fait le bout. Et le voyage de ma vie se conduit de même..."
- Michel de Montaigne -
"Il est bon de voyager quelques fois ; cela étend les idées et rabat l'amour-propre."
- Sainte-Beuve -
"Ces robustes navires, à l'air désœuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas dans une langue muette : quand partons-nous pour le bonheur -- la nostalgie du pays qu'on ignore ?"
- Ch. Baudelaire - Le Spleen de Paris
"Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait..."
- Nicolas Bouvier - L'usage du monde
"Pour les jeunes gens qui aiment leurs aises et une table délicate ou qui veulent passer agréablement leur temps en compagnie des femmes, il ne faut pas qu'ils aillent en Arabie."
- Carsten Niebuhr - Description de l'Arabie
ومن يتهيب صعود الجبال
يعش أبد الدهر بين الحفر
- أبو القاسم الشابي -
Pour continuer dans la veine des chanteuses nées dans le corps d'un homme (ô, comme ils disent) et qui me mettent dans tous mes états...: Zéki Müren de Turquie. Pour parler de Zeki, il vaut mieux choisir le turc ou ma langue maternelle, le finnois, car ces deux langues ne connaissent pas le genre grammatical. En turc, le pronom "o" signifie à la fois il et elle, et dans ma langue, ce mot-Janus, mot-pile-face s'appelle "hän". Imaginez, vous autres qui parlez les langues indo-européennes, ce que cela signifie pour nos chansons et poèmes d'amour, nos confessions et nos promsesses que de ne pas pouvoir savoir si la troisième personne est masculine ou féminine...
Voici une chanson inoubliable de Zeki Müren, avec une traduction improvisée de mes blanches mains.
Avuçlarımda hala sıcaklığın var inan
Unuttum dese dilim, yalan billahi yalan
Hasretindir içimde hep alev alev yanan
Unuttum dese dilim, yalan billahi yalan
Je sens encore ta chaleur au creux de ma main, vraiment !
Si ma bouche te dit que j'ai oublié, elle ment, par Dieu, elle ment
Le mal de toi me brûle à grandes flammes dans mon dedans
Si ma bouche te dit que j'ai oublié, elle ment, par Dieu, elle ment
Connaissez-vous cette magnifique cantaora sévillane dont le hasard voulût qu'il naquît dans un corps d'homme ? J'apprécie son charme, sa générosité, ses air(e)s, su zarandeo. Mais quand il chante :
Por qué prometer amor eterno
y caer en el error de casi todos?
sabiendo que el amor en pleno vuelo
perdiendo altura va, perdiendo altura va
poquito a poco.
Por qué maniatar los sentimientos
y obligar al corazón a darlo todo?
atando a unos labios unos besos
que un día querrán estar, que un día querán estar
bebiendo en otros, bebiendo en otros.
Cuando el desamor nos llega, de qué sirven alianzas
ni ir reyectando amor en vena se levanta el corazón
Cuando el desamor nos toca, para qué jaula de oro
ni intendando el boca a boca, ni intentando el boca a boca
se despierta el corazón
Mejor mil veces amor de hecho
mejor mil veces que amor deshecho
Mejor mil veces amor de hecho
mejor mil veces que amor deshecho
... suis-je de même avis avec lui ? Les amours de fait sont-elles mille fois meilleures que les amours défaites ?